Politique spatiale européenne

  • Interact
Le panorama mondial de l’industrie spatiale s’est modifié considérablement depuis quelques années. Les États-Unis ont spectaculairement relancé la concurrence dans le domaine des lanceurs avec Blue Origin et surtout SpaceX. L’arrivée en force d’investisseurs américains venus du secteur numérique et la transformation des acteurs de l’Internet en opérateurs de système d’information et de réseaux sociaux ouvrent la voie à un bouleversement du marché des satellites et de celui des lanceurs. À l’hiver 2014, la réutilisation était vue comme un horizon à dix ans. Or le pari de la récupération est réussi depuis mai dernier. Mais seule la moitié du chemin a été réalisée par SpaceX puisqu’il faut encore prouver que le lanceur peut être remis en vol à un coût raisonnable. Les prochaines étapes seront décisives pour démontrer la viabilité technique et commerciale de cette approche. Si c’est le cas, la rupture sera spectaculaire, avec une diminution conséquente du coût de l’accès à l’espace. Encouragés par ces évolutions technologiques et par l’apport croissant des applications aux politiques publiques, de nouveaux États ont décidé de faire du spatial un axe majeur de leur développement. Dans ce paysage spatial mouvant, l’Europe doit assumer une exigence fondamentale: le maintien d’une autonomie stratégique européenne d’accès à l’espace et de surveillance de ce dernier. 2016 constitue à cet égard une année cruciale pour l’Europe spatiale, après le choix décisif opéré en décembre 2014 en matière de lanceurs, avec la conjonction en fin d’année de plusieurs rendez-vous d’importance et la perspective d’adoption de documents structurants: la communication de la Commission sur "Une stratégie spatiale pour l’Europe", la définition de la stratégie globale de sécurité et d’un plan d’action européen en matière de défense, l’engagement de la revue à mi-parcours du cadre financier 2014-2020, la déclaration de services initiaux de Galileo et la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne. Il est vital pour la politique spatiale européenne que de tous ces rendez-vous se dégage une stratégie spatiale cohérente. Outil stratégique, l’espace est évidemment un enjeu de souveraineté mais pas seulement: c’est aussi un outil socio-économique majeur.
Keywords: 
Space Strategy, Galileo, Copernicus, EU Space Programmes, EU Space Activities, Industry, European Added Value, Research Policy
Country of publication: 
France
File: 
Publication date: 
Tuesday, July 12, 2016
Number of pages: 
74
Title Original Language: 
Politique spatiale européenne
Abstract Original Language: 
Le panorama mondial de l’industrie spatiale s’est modifié considérablement depuis quelques années. Les États-Unis ont spectaculairement relancé la concurrence dans le domaine des lanceurs avec Blue Origin et surtout SpaceX. L’arrivée en force d’investisseurs américains venus du secteur numérique et la transformation des acteurs de l’Internet en opérateurs de système d’information et de réseaux sociaux ouvrent la voie à un bouleversement du marché des satellites et de celui des lanceurs. À l’hiver 2014, la réutilisation était vue comme un horizon à dix ans. Or le pari de la récupération est réussi depuis mai dernier. Mais seule la moitié du chemin a été réalisée par SpaceX puisqu’il faut encore prouver que le lanceur peut être remis en vol à un coût raisonnable. Les prochaines étapes seront décisives pour démontrer la viabilité technique et commerciale de cette approche. Si c’est le cas, la rupture sera spectaculaire, avec une diminution conséquente du coût de l’accès à l’espace. Encouragés par ces évolutions technologiques et par l’apport croissant des applications aux politiques publiques, de nouveaux États ont décidé de faire du spatial un axe majeur de leur développement. Dans ce paysage spatial mouvant, l’Europe doit assumer une exigence fondamentale: le maintien d’une autonomie stratégique européenne d’accès à l’espace et de surveillance de ce dernier. 2016 constitue à cet égard une année cruciale pour l’Europe spatiale, après le choix décisif opéré en décembre 2014 en matière de lanceurs, avec la conjonction en fin d’année de plusieurs rendez-vous d’importance et la perspective d’adoption de documents structurants: la communication de la Commission sur "Une stratégie spatiale pour l’Europe", la définition de la stratégie globale de sécurité et d’un plan d’action européen en matière de défense, l’engagement de la revue à mi-parcours du cadre financier 2014-2020, la déclaration de services initiaux de Galileo et la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne. Il est vital pour la politique spatiale européenne que de tous ces rendezvous se dégage une stratégie spatiale cohérente. Outil stratégique, l’espace est évidemment un enjeu de souveraineté mais pas seulement: c’est aussi un outil socioéconomique majeur. Aujourd’hui l’espace est partout sans que cela soit toujours perceptible pour nos concitoyens. Une coupure de l’accès à l’espace aurait très rapidement des conséquences dramatiques sur le fonctionnement régulier de nos économies et de nos sociétés. L’Europe spatiale présente un jeu d’acteurs complexe avec trois acteurs publics majeurs (ESA, Commission, États membres), une montée en puissance de l’industrie, qui doit être encouragée et soutenue, et une articulation encore à trouver avec d’autres agences européennes. Clarifier cette gouvernance tout en en conservant les atouts serait souhaitable. L’enjeu premier, pour la gouvernance spatiale en Europe, c’est d’abord et avant tout d’utiliser l’ensemble des capacités spatiales en faisant converger les objectifs, en coordonnant les programmes, les moyens et les calendriers de mise en oeuvre. Cela passe par une rénovation du rôle des acteurs publics, en structurant et coordonnant la demande publique et en soutenant un écosystème favorable à l’émergence au niveau européen, d’acteurs du numérique et du spatial. Un secteur amont robuste soutenu par les autorités publiques est une condition essentielle de l’existence d’un secteur aval guidé par la demande. En matière d’accès à l’espace et de surveillance, les engagements annoncés doivent être conservés tout en y ajoutant des capacités d’innovation et en évitant la dispersion des ressources. Lors du sommet de l’Agence spatiale européenne le 2 décembre 2014, l’Europe a décidé de se doter d’une famille cohérente de lanceurs, avec Ariane 6 et Vega C, présentant de fortes synergies industrielles, avec un objectif de compétitivité. Ariane 6 a été pensée pour à la fois répondre aux futurs besoins institutionnels de l’Europe et être compétitive sur ce marché marqué par de profondes évolutions. L’UE en mesure d’apporter une réelle plus-value pour préparer l’avenir post-2030, avec notamment un soutien à des évolutions technologiques supplémentaires de compétitivité. En outre, la question de la préférence européenne pour les lancements institutionnels doit être réglée. Une structuration de la demande européenne est la contrepartie indispensable au nouveau modèle économique qui reposera sur une plus grande implication du secteur privé, les concurrents des lanceurs européens bénéficient tous d’un soutien public affirmé. Une politique d’agrégation de la demande institutionnelle permettrait d’obtenir un volume critique de lancement susceptible de donner plus de visibilité et de cohérence au secteur. Il s’agit de donner un signal fort aux citoyens sur la cohérence et l’efficience des politiques à un moment où toutes deux sont remises en cause par nombre de nos concitoyens. La Stratégie spatiale pour l’Europe offre une opportunité de compléter les financements déjà décidés, avec une question récurrente, la prise en charge des coûts liés au Centre Spatial Guyanais, et une question nouvelle, celles des développements liés aux moteurs. L’importance du CSG justifierait son placement dans la catégorie des "grands équipements d’infrastructures" ou bien dans celle des "infrastructures stratégiques" afin qu’il bénéficie des financements correspondants. En matière de surveillance, toute initiative portée par la Stratégie devra reposer sur un principe de coopération fondé sur la complémentarité des acteurs concernés et donc prendre en compte les capacités développées par les États ainsi que les enjeux de souveraineté nationale. Pérenniser les ressources du programme EU-SST (services de surveillance spatiale et de localisation des objets) est une nécessité; tout élargissement de son périmètre devrait donner lieu à une rationalisation de la gouvernance pour éviter la dispersion des ressources. Cet impératif d’usage efficient des ressources disponibles pose d’ailleurs la question de la pertinence d’un nouveau projet de satellites de communication pour la sécurité au niveau gouvernemental, Govsatcom, promu par la Commission. Des solutions ou moyens sont déjà mis en oeuvre par les États avec le futur service public réglementé de Galileo. De plus, la valeur ajoutée d’une nouvelle infrastructure satellitaire apparaît limitée en termes d’innovation. Quant à la réduction de la production des débris lors du lancement et de l’exploitation des objets spatiaux, c’est un défi technologique et réglementaire. L’idée d’un véhicule permettant de désorbiter des objets spatiaux en fin de vie a été évoquée ainsi que celle de l’utilisation de lasers de puissance pour les débris plus petits. Toutes les restrictions mises au nom de la lutte contre la production de débris peuvent apparaître aux yeux des puissances spatiales émergentes comme autant de barrières à l’entrée. Trouver un consensus sur des bonnes pratiques, et plus encore sur une réglementation contraignante, n’est donc pas chose aisée. Ce n’est pas une raison suffisante pour y renoncer. Après avoir énormément investi dans des infrastructures spatiales et développé un socle solide de compétences dans le secteur industriel au cours des cinquante dernières années, l’Europe, et au premier rang la France, doit à présent en garantir une utilisation maximale. La politique spatiale européenne a en la matière un impératif: réussir les programmes Galileo et Copernicus. La constellation Galileo est en voie de stabilisation, pour un objectif d’une déclaration de services initiaux fin 2016. Le lancement des services initiaux est fondamental pour ancrer la crédibilité de Galileo auprès des utilisateurs mais l’enjeu central réside dans l’utilisation effective du signal par les utilisateurs et dans l’émergence d’un véritable écosystème autour des applications. La Stratégie spatiale de l’Europe doit comporter des actions ciblées afin de promouvoir les avantages réels de Galileo par rapport à ses concurrents, avec une politique de communication et une stratégie ambitieuses de développement du secteur applicatif. L’imposition de mandats d’emport est contraire à l’approche traditionnelle de la Commission et suscitera donc sans doute de fortes réticences. Mais l’exigence d’une "Union plus efficace par la preuve" pourrait justifier un tel changement d’approche. Longtemps dans l’ombre de Galileo, Copernicus s’affirme aujourd’hui comme le porte-drapeau de l’UE en matière spatiale. Mais la réduction du budget de la phase opérationnelle a conduit à étaler le déploiement des satellites et ne permet plus le financement de la prochaine génération des Sentinelles sur fonds de l’UE et les géants américains du numérique représentent la majeure partie des téléchargements de données Copernicus, à partir d’une infrastructure pourtant financée sur des fonds européens. C’est une question qui doit être abordée par la future Stratégie de la Commission, à la fois pour des raisons opérationnelles mais aussi pour des raisons politiques afin de justifier les soutiens politiques nécessaires à la sécurisation des fonds concernés. La proposition récente de la Cour des comptes de réviser la politique de diffusion libre et gratuite de ces données n’est pas la solution adaptée, c’est bien plutôt par le développement d’un système de distribution assurant le meilleur accès pour tous les utilisateurs européens que ce paradoxe pourra être réglé. Continuer à faire vivre l’Europe spatiale repose, enfin, sur une nouvelle méthode et sur un nouveau programme. Le développement futur des programmes spatiaux européens devrait être orienté vers l’utilisateur et reposer sur les besoins des utilisateurs des secteurs public, privé et scientifique, tout en maintenant un fort soutien des autorités publiques au secteur amont. Cela implique de trouver un nouvel équilibre, avec une approche "thématique" et l’inclusion croissante des acteurs et un soutien aux outils de production industriels conjugué à un soutien à l’acquisition de services spatiaux. Après l’Accord de Paris, le spatial peut jouer un nouveau rôle dans la lutte contre le changement climatique: en contribuant à mesurer les concentrations de gaz à effet de serre, les observations depuis l’espace sont un outil majeur pour vérifier le respect des décisions et engagements internationaux en matière de réduction des émissions pris lors de la COP 21. Les États-Unis et le Japon ont déjà des satellites opérationnels dans ce domaine, la Chine se prépare à le faire; les technologies sont matures, le coût de tels satellites reste relativement modeste. L’Union européenne ne peut pas y rester indifférente; elle doit prendre sur ce sujet une initiative innovante dans sa Stratégie spatiale pour l’Europe.
File Original Language: